La saison de la Fierté bat son plein, et l’AFPC a préparé un calendrier complet des événements de la Fierté qui auront lieu dans les différentes régions. Nous invitons tout le monde à consulter la liste et à participer aux célébrations, aux marches et aux activités communautaires près de chez vous.
Si vous prévoyez participer à un événement de la Fierté cette année et souhaitez distribuer des articles promotionnels du SEN (drapeaux, tatouages temporaires ou autocollants), veuillez envoyer un courriel à communications@une-sen.org.
Célébrons ensemble, soutenons nos communautés et continuons de promouvoir l’égalité et l’inclusion dans toutes les régions.
Juin est le Mois national de l’histoire autochtone, l’occasion d’honorer et de célébrer les riches histoires, cultures et contributions des Premières Nations, des Métis et des Inuits partout sur l’Île de la Tortue.
C’est aussi l’occasion de réfléchir, de s’informer et de réaffirmer notre engagement à lutter pour la réconciliation et l’avancement des droits des Autochtones. Parce que ce combat est le nôtre, et qu’il commence par la prise de conscience et l’action.
Ce mois de juin, faites un pas vers la réconciliation en suivant le cours en ligne Entreprenons ensemble la marche vers la vérité, conçu par l’AFPC en collaboration avec Canadian Geographic. À votre propre rythme, plongez dans l’histoire des peuples autochtones, des traités au droit autochtone, sans oublier les pensionnats indiens et les femmes et filles autochtones disparues et assassinées.
Prenez un moment pour explorer les ressources du Centre national pour la vérité et la réconciliation. Explorez les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, et choisissez-en un que vous pouvez appliquer dans votre quotidien ou au travail.
Journée internationale des femmes : un moment pour réfléchir, pas seulement célébrer
Chaque année, le 8 mars, le SEN s’inscrit dans un mouvement mondial qui a vu le jour il y a plus d’un siècle — un mouvement ancré dans l’action syndicale, la lutte collective et la quête d’égalité. La Journée internationale des femmes n’a jamais été qu’une célébration. Elle a toujours été un appel à l’action.
En 2026, cet appel demeure essentiel.
Au sein du SEN, les femmes continuent de faire avancer notre syndicat par leur leadership, leur engagement et leurs contributions quotidiennes. Nous sommes fiers des femmes qui renforcent notre mouvement — mais la fierté ne suffit pas. L’équité exige de l’action, de la solidarité et des conversations honnêtes sur notre réalité actuelle et sur ce qu’il reste à accomplir.
Les femmes demeurent un groupe en quête d’équité dans les milieux de travail partout au Canada, y compris dans nos propres structures syndicales. Les progrès sont réels, mais les écarts persistent. Et même si la représentation s’est améliorée, elle ne garantit pas l’équité. Le travail se poursuit — sur le terrain, dans les espaces décisionnels et dans les interactions quotidiennes qui façonnent nos milieux de travail et nos communautés.
Ce qui a changé — et ce qui n’a pas changé
Au sein du SEN, nous avons observé des avancées importantes :
Plus de femmes accèdent à des rôles de leadership
Un langage d’équité renforcé dans les conventions collectives
Une sensibilisation accrue aux obstacles liés au genre
Une meilleure visibilité des expériences des femmes autochtones, racisées, 2SLGBTQIA+ et en situation de handicap
Mais les défis demeurent :
Des inégalités salariales persistantes dans plusieurs secteurs
Une charge disproportionnée en matière de soins et de responsabilités familiales
Du harcèlement et de la discrimination encore trop peu signalés
Des obstacles à l’avancement, particulièrement pour les femmes marginalisées
Des milieux de travail encore structurés selon des systèmes qui n’ont pas été conçus pour elles
Ces réalités nous rappellent que l’équité n’est pas un objectif ponctuel — c’est une pratique continue.
L’équité est une question syndicale. Lorsque des barrières systémiques touchent un groupe, c’est tout le mouvement syndical qui en ressent les effets. Lorsque nous éliminons ces barrières, nous renforçons notre pouvoir collectif.
Au SEN, la solidarité signifie être présent les uns pour les autres — pas seulement lorsque c’est facile, mais aussi lorsque cela demande réflexion, apprentissage et changement. Cela signifie écouter les expériences des femmes, les croire et agir en conséquence. Cela signifie reconnaître que l’équité entre les genres s’entrecroise avec la race, la classe sociale, le handicap, l’orientation sexuelle et la culture.
Une conversation nécessaire
Cette année, nous invitons les membres du SEN à réfléchir avec nous :
À quoi ressemble le progrès en 2026?
Où les obstacles se manifestent‑ils encore?
Comment bâtir un syndicat où chaque femme — chaque membre — peut s’épanouir?
Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Ce sont des invitations à façonner ensemble l’avenir de notre mouvement.
Avancer ensemble.
La Journée internationale des femmes nous rappelle que l’équité ne se réalise pas par hasard. Elle repose sur l’action collective, la responsabilité partagée et le courage de continuer à pousser pour mieux.
Nous sommes fiers des femmes du SEN. Nous sommes fiers des progrès accomplis.
En ce Mois de l’histoire des Noirs, l’AFPC célèbre le leadership, la résilience et le pouvoir d’organisation des travailleuses et travailleurs noirs qui ont transformé le mouvement syndical canadien et mènent encore aujourd’hui le combat pour la justice. Notre thème cette année est « Voix noires : avenirs audacieux – de l’héritage au leadership ». Il nous invite à reconnaître la résistance historique qui a façonné nos syndicats et à donner une place centrale aux voix audacieuses qui tracent l’avenir.
Les travailleuses et travailleurs noirs se sont battus pour l’équité au travail et ont dénoncé le racisme et la discrimination, notamment lors de grèves et d’autres luttes pour les droits de la personne, ce qui leur a valu un important siège aux tables décisionnelles.
Les leaders activistes comme Stanley Grizzle et Bromley Armstrong ont pressé les syndicats et les gouvernements à mettre fin aux pratiques racistes et ont influencé les causes et revendications du mouvement syndical. De l’époque des bagagistes à aujourd’hui, leurs efforts continuent de jeter de solides bases pour l’équité et les politiques contre le racisme au travail.
Les Nations Unies ont lancé une autre Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034) pour appuyer les communautés noires, éliminer les obstacles systémiques et faire entendre les voix noires partout dans le monde. S’étant auparavant engagé à poursuivre le travail jusqu’en 2028, le Canada promet maintenant de prendre part à cette deuxième Décennie.
Les membres noirs à la tête de l’alliance inclusive et de la lutte pour l’équité
Les membres noirs ont plus d’une fois montré ce qu’est l’alliance inclusive. À la Conférence nationale des femmes 2025 de l’AFPC, par exemple, les déléguées noires ont proposé et appuyé des résolutions pour améliorer l’offre de formation sur la violence familiale et l’accès aux soins de santé pour les femmes autochtones. À leur tour, elles ont reçu l’appui de leurs consœurs lors d’un vote à l’unanimité en faveur d’une résolution visant à reconnaître les contributions des travailleuses noires. De concert avec les autres groupes d’équité, les membres noires changent les priorités de négociation et les politiques syndicales à l’échelle du mouvement, en nous montrant comment passer de la parole aux actes en matière d’équité.
Malheureusement, toutes ces réalisations n’effacent pas les difficultés auxquelles les travailleuses et travailleurs noirs font face dans la fonction publique : salaires inférieurs, moins de possibilités de formation, de mentorat ou d’avancement, et employeurs aveugles ou insensibles au racisme contre les Noirs.
Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le tort que les compressions budgétaires font aux groupes d’équité, notamment aux personnes noires et racisées, qui sont déjà sous-représentées au gouvernement fédéral.
Combattre le racisme anti-noir
Voilà pourquoi l’AFPC tient à placer la voix des personnes noires au cœur de son action syndicale. Forts de nombreuses années de mobilisation, nous ouvrons des espaces où les membres peuvent se réunir, se concerter et s’exprimer sur les questions qui les touchent. Notre caucus noir est un vecteur de leadership où les membres noirs peuvent parler de leur vécu et se mobiliser autour de questions comme le racisme anti-noir au travail et dans les activités syndicales.
Notre quête de justice raciale dépasse nos murs. Nous avons déposé une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne au nom de tous les fonctionnaires fédéraux noirs, ainsi que plusieurs griefs pour dénoncer le racisme anti-noir. Nous pressons les employeurs de corriger leurs pratiques injustes et de garantir un accès égal à la formation, au mentorat et à l’avancement.
Nous demandons au gouvernement fédéral de régler la plainte relative aux droits de la personne afin d’offrir réparation complète aux fonctionnaires noirs. Il doit aussi adopter les recommandations du Groupe de travail sur l’examen de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, comme la création d’un groupe d’équité distinct pour les personnes noires, et consulter les syndicats et les groupes d’équité avant d’effectuer des changements qui mettent ces fonctionnaires à risque. L’avenir de la fonction publique fédérale dépend du traitement équitable, de l’inclusion et du leadership de ces personnes, qui sont, depuis longtemps, en première ligne du combat pour la justice.
Passez à l’action
Informez-vous sur l’histoire des Noirs au Canada, y compris sur les luttes et les victoires qui ont transformé nos lieux de travail et syndicats.
Contrez le racisme anti-noir et toute forme de discrimination dans votre lieu de travail, dans votre section locale et autour de vous.
Aidez les personnes noires à se faire entendre dans les réunions, les négociations, les campagnes et les espaces décisionnels.
Chaque 10 décembre, la Journée des droits de la personne commémore l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). En 2025, les Nations Unies mettent de l’avant le thème « Les droits humains : nos essentiels au quotidien ». Ce thème rappelle une vérité simple : les droits humains ne sont pas théoriques. Ils rendent possible une vie et un travail dans la dignité, la sécurité et l’équité — chaque jour.
Pour le mouvement syndical, les droits de la personne prennent des formes très concrètes : • le droit de travailler dans un environnement sécuritaire, exempt de harcèlement et de violence; • le droit à l’équité en emploi, notamment pour les personnes en situation de handicap, les femmes, les travailleuses et travailleurs racisés et les membres de groupes marginalisés; • le droit à un travail décent, à un salaire équitable et à des conditions de travail respectueuses de la dignité humaine.
Ces réalités dépassent la sphère privée. Elles se reflètent dans les politiques d’emploi, les pratiques de gestion, l’accessibilité des lieux de travail et la culture organisationnelle.
Pour un syndicat comme le SEN, défendre les droits de la personne signifie défendre les travailleuses et travailleurs dans leur réalité quotidienne — dans les milieux de travail, les processus de dotation et l’accès à de véritables opportunités.
Lorsque ces droits sont affaiblis, les travailleuses et travailleurs sont souvent les premiers touchés par la précarité, la discrimination, l’exclusion et l’insécurité. Lorsque les droits sont protégés, les milieux de travail deviennent plus équitables, inclusifs et humains.
Les gouvernements ont la responsabilité légale de respecter les droits de la personne, mais leur application concrète dépend aussi d’une vigilance collective. Les syndicats jouent un rôle central pour que ces droits ne soient pas seulement théoriques, mais bien réels et applicables dans la vie professionnelle.
En cette Journée des droits de la personne, le SEN réaffirme que les droits de la personne sont indissociables des droits des travailleuses et travailleurs. Ils constituent la base d’un travail décent, sécuritaire et équitable — aujourd’hui et pour l’avenir.
Les membres du Syndicat des employées et employés nationaux sont attristés par le décès de leur consœur, Carole Maillet, qui s’est éteinte à Montréal le 24 octobre 2025, à l’âge de 63 ans.
Carole était la vice-présidente régionale de la région du Québec, et elle était dévouée à son travail. Avant cela, elle a été vice-présidente régionale adjointe, représentante régionale aux droits de la personne et présidente de sa section locale. L’engagement dont elle a fait preuve toute sa vie envers le militantisme syndical, la justice sociale et l’équité inspirait tous les gens qui l’ont côtoyée.
Quand Carole entrait quelque part, sa chaleur, sa compassion et son sourire contagieux irradiaient tout. Elle dirigeait avec force et bienveillance, et son amour pour autrui se faisait sentir dans tout ce qu’elle faisait. Elle était aussi très fière de participer au Comité des francophones; sa passion pour la langue et la culture était rassembleuse.
Nous offrons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à ses êtres chers. Carole nous manquera, et nous nous souviendrons d’elle avec affection.
Rebecca Contois. Mashkode Bizhiki’ikwe. Marcedes Myran. Morgan Beatrice Harris.
Prenons un moment pour réfléchir. Accordons à ces femmes un long moment de silence. Une par une, elles ont été retrouvées parmi des déchets. Abandonnées là par un lâche. Un homme faible qui a cru qu’elles étaient des proies faciles, quoiqu’il n’eût pas tout à fait tort. Toutefois, il a sous-estimé la détermination de leur famille, dont la résilience est inscrite dans leur ADN.
Lors de la Journée internationale des femmes, j’ai appris que, le 26 février 2025, les dépouilles de Morgan Harris et de Marcedes Myran (les deux dernières victimes du tueur en série de Winnipeg de 2022) avaient été retrouvées après des mois de recherche et des années de lutte contre les autorités locales et fédérales afin qu’elles enclenchent le processus de fouille.
À l’instant où j’ai lu l’article publié sur le site de nouvelles du Manitoba, intitulé Bulletin no 4 concernant la fouille du dépotoir de Prairie Green, qui confirmait la découverte de corps identifiés comme étant ceux de Morgan Harris et de Marcedes Myren, des larmes me brûlaient les yeux, et mon cœur s’est serré. Non pas parce que je connaissais les femmes en question, mais parce que je connaissais le vide laissé par leur disparition, ainsi que les familles et les communautés endeuillées qui ont été profondément touchées par ces drames. J’avais le cœur brisé en me rappelant à quel point ces familles se sont battues, comment elles ont refusé de baisser les bras, sachant au plus profond d’elles-mêmes qu’elles pouvaient les retrouver et qu’elles le feraient si seulement on leur en donnait l’occasion, et tandis qu’elles se heurtaient à des obstacles, à l’incrédulité et à la condescendance.
Ces familles sont demeurées résilientes, et cette résilience a été récompensée. Mais leur victoire demeure tragique.
La mission, lancée par le gouvernement du Manitoba à la demande des familles de Morgan Harris et de Marcedes Myran, a été menée conjointement avec l’Assemblée des Chefs du Manitoba avec le soutien du gouvernement fédéral.
« Ils » ont dit que c’était impossible. « Ils » ont dit que ça ne valait pas la peine. « Ils » avaient tort.
Le retour de ces femmes disparues permettra à d’innombrables personnes de guérir. Non seulement les membres des familles qui ont ressenti ces pertes comme une blessure suppurante, mais aussi ceux qui n’ont jamais pu faire leur deuil. Et les femmes qui craignent de subir le même sort. C’est un pas en avant vers la valorisation des êtres humains par rapport au capitalisme. Un pas de plus pour honorer la vie plutôt que l’argent et la bureaucratie. S’il y a une leçon à tirer de cette histoire, c’est que la découverte de ces dépouilles justifie amplement la poursuite des fouilles dans les dépotoirs. Des ressources doivent être fournies afin de soutenir ces fouilles pour que le processus devienne plus facile, moins lourd et que des personnes qualifiées soient amenées à y déployer des efforts significatifs.
En ce qui concerne notre société, j’espère que cet événement permettra de lever les obstacles pour que des fouilles similaires soient menées dans tout le pays. Les FADA (Femmes autochtones disparues et assassinées) doivent être reconnues et valorisées. Toutes ces femmes disparues et assassinées devraient être reconnues et valorisées, recherchées et, espérons-le, retrouvées.
J’aimerais dire aux familles qui se sont battues avec acharnement pour obtenir non seulement justice pour Morgan et Marcedes, mais aussi la paix : nous sommes très fiers et fières de vous, et vous nous inspirez. Puissiez-vous trouver le réconfort et la guérison.
À Marcedes et Morgan : bienvenue chez vous.
Mireille Jaillet est la représentante nationale de l’équité pour les femmes, et est membre du groupe de travail Fouille la décharge.
Nous rêvons d’un monde où nous valorisons et célébrons les différences Celles fondées non pas sur le genre, la race, la classe ou les défis Mais plutôt sur l’unicité, l’intégrité et les qualités qui caractérisent notre existence Un monde où les gens peuvent atteindre leur plein potentiel et sont épanouis.
Le 8 mars, la Journée internationale des femmes aura plus de cent ans. Encore bien trop d’obstacles et de préjugés qui nous ralentissent demeurent Tout comme plein de barrages, de défis et d’histoires à raconter, malheureusement. Au fil de la lutte, une par une, nous nous débarrasserons de nos chaînes, mes sœurs.
Dans les pays les plus « démocratiques », les libertés sont étouffées. On abat les femmes et crée des orphelins au nom de valeurs et de croyances dépassées, Ou on les force à genoux à supplier: il ne faut surtout pas oublier Ce jour nous appartient à toutes et à tous ceux qui célèbrent les femmes et leurs qualités.
Nous parlons de nos sœurs, de nos tantes, de nos filles, de nos mamans De nos tantes, de nos mentores et amies, Nous parlons de toutes ces femmes qui importent réellement. Nous pouvons briser les barrières, et enfin savourer les merveilles de notre monde… tous unis.
Mireille Jaillet est la représentante nationale de l’équité pour les femmes du SEN
En grandissant en Afrique du Sud, pendant l’apartheid, je ne me rendais pas compte que j’étais victime de discrimination. En tant que personne racisée, je croyais ce qu’on m’enseignait à l’école et ce que la société me disait : les colons européens avaient amené la civilisation en Afrique du Sud en 1652. En fait, c’était la première phrase de mon cahier d’histoire. J’ai accepté que j’appartenais à une race inférieure, que je méritais d’être séparé des Blancs, et que je n’avais pas la capacité intellectuelle pour étudier dans les établissements réservés aux « Blancs seulement ». Je ne me suis jamais demandé pourquoi je ne pouvais pas aspirer aux emplois réservés aux Blancs de l’Afrique du Sud. C’était ma réalité, et elle me semblait normale, jusqu’à ce que mon monde soit chamboulé par de simples vacances.
Lorsque j’avais 12 ans, mon père nous a amenés en vacances au Canada. C’était ma première expérience à l’extérieur de l’Afrique du Sud et la première fois que j’allais dans un pays où il n’y avait pas d’apartheid. J’avais hâte de voir la neige, de manger des pizzas et des hamburgers, de faire des choses que je ne voyais que dans les films, mais ce qui m’a le plus fasciné, c’était la gentillesse des gens. Pour la première fois, un Blanc m’avait souri et salué. J’ai eu tellement peur que je ne savais pas comment réagir. J’ai eu ma première véritable conversation avec un adolescent blanc et je me suis rapidement rendu compte que je n’étais pas inférieur. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti ce qu’était être traité comme un être humain normal.
Lorsque je suis retourné en Afrique du Sud, j’étais changé. Je voyais et ressentais maintenant plus que jamais le poids de la discrimination. En colère et blessé, j’ai commencé à reconnaître chaque petite injustice que je subissais et à la remettre en question. Je me suis demandé pourquoi je n’avais pas le droit de manger dans certains restaurants, pourquoi les meilleures plages étaient réservées aux Blancs et pourquoi je devais marcher des kilomètres pour me rendre à une ligne de transport en commun pour « non-Blancs » qui ne pouvait pas entrer dans le centre‑ville, où les autobus réservés aux « Blancs seulement » étaient autorisés à entrer.
En grandissant, j’ai commencé à m’interroger sur les injustices plus larges de l’apartheid. Pourquoi les non‑Blancs étaient‑ils limités à certains emplois? Pourquoi n’avais‑je pas le droit de me présenter à des élections et de voter? Pourquoi devrais-je être emprisonné simplement pour avoir posé ces questions? Ma brève exposition à la vie au Canada avait rendu la vie en Afrique du Sud beaucoup plus difficile. Mais elle avait aussi fait naître en moi une passion pour les droits de la personne. Je savais que si je voulais défendre la justice sans la menace constante de l’emprisonnement, je devais retourner au Canada.
Lorsque j’ai fini par revenir au Canada, j’ai ressenti un sentiment de liberté difficile à décrire. Mon esprit était libéré des chaînes de l’apartheid. Je pouvais maintenant m’exprimer ouvertement et sans peur au sujet des atrocités de l’apartheid. Au début, raconter mes expériences m’a donné un sentiment de libération, mais au fil du temps, cela a laissé place à de la frustration. On m’a invité à parler dans des écoles secondaires, des universités et même des soupers de corps professoral. Les gens écoutaient, mais ils ne voulaient pas agir. J’avais l’impression que ma douleur était devenue comme un divertissement pour eux, et cela m’a profondément blessé. À cause de cette blessure, je suis devenu plus conflictuel et me suis rapidement retrouvé à participer à des débats enflammés avec des personnes qui minimisaient l’apartheid, le comparant à d’autres atrocités mondiales. Ce conflit s’est étendu jusqu’aux membres de ma famille et à mes amis, qui m’ont encouragé à aller chercher de l’aide.
Le counseling a été une révélation. Après avoir raconté les traumatismes que j’avais subis, j’ai reçu un diagnostic de trouble du stress post‑traumatique. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris le sens de la phrase « Les gens blessés blessent les gens ». À cause de ma douleur non guérie, j’avais tendance à m’emporter contre les personnes qui se souciaient de moi. Je savais que je devais trouver un moyen de canaliser ma douleur pour en faire quelque chose de constructif, qui m’aiderait à cesser de blesser les autres… et moi‑même.
C’est alors que j’ai trouvé la guérison par le truchement du service aux autres. J’ai commencé à faire du bénévolat, en aidant les réfugiés au Canada à s’adapter à leur nouvelle vie. Je leur donnais des conseils en leur racontant mes expériences et la façon dont j’avais surmonté mon traumatisme. De plus, j’ai joué un rôle plus actif de défense des droits, agissant comme agent national aux droits de la personne pour les membres racisés du Syndicat des employées et employés nationaux. En aidant les autres à surmonter le traumatisme de la discrimination, j’ai trouvé la force de guérir mes propres blessures.
Aujourd’hui, je continue de me battre pour la justice, non pas par colère, mais par amour et par engagement profond à l’égard des droits de la personne. J’ai appris qu’il est possible de rompre le cycle de la douleur, non pas en le supprimant, mais en le transformant en action, en empathie et en prise de pouvoir. « Les gens blessés blessent les gens » est une vérité, mais son remède l’est tout autant : « Les gens guéris aident les gens à guérir ».
Sam Padayachee
Sam Padayachee est un ancien membre du SEN, maintenant retraité. Ses contributions au portefeuille des droits de la personne du SEN se poursuivent dans ses écrits.
Récemment, la Cour fédérale du Canada a approuvé l’entente de règlement définitive du recours collectif concernant les membres des Forces armées canadiennes (FAC) qui ont été victimes de discrimination raciale au cours de leur service militaire. Bien que cela représente une victoire pour ces travailleuses et travailleurs, le gouvernement du Canada a encore beaucoup de travail à faire.
« C’est un pas dans la bonne direction, mais la lutte menée par ceux et celles qui ont subi du racisme au sein du gouvernement fédéral se poursuit », a affirmé la présidente nationale du SEN, Alisha Kang. « Au total, 45 000 fonctionnaires fédéraux passés et actuels de plus attendent que le gouvernement reconnaisse la discrimination qui dure depuis 50 ans. »
Lien — Déclaration du ministre de la Défense nationale concernant l’entente de règlement du recours collectif sur le racisme systémique dans les Forces armées canadiennes